Mouton pilote le WRC

Je suis pru­dem­ment heu­reux. Pour­quoi ? Parce que Jean Todt, pré­sident de la FIA, vient de nom­mer à la ges­tion du cham­pion­nat du monde des ral­lyes — dis­ci­pline qu’il affec­tionne par­ti­cu­liè­re­ment, pour y avoir cou­ru pen­dant quinze ans comme copi­lote puis comme direc­teur d’écurie — une cer­taine Michèle Mou­ton.

J’en suis heu­reux à plu­sieurs titres.

Le pre­mier, c’est con mais c’est comme ça, c’est que c’est une femme. Et le cham­pion­nat du Monde des ral­lyes est, pour sa part, consi­dé­ré comme le deuxième pilier du sport auto, après la For­mule 1 mais devant l’endurance (trop sou­vent résu­mée aux 24 heures du Mans), le ral­lye-raid, le Champ Car, le GP2 et consorts. On a donc une femme à un poste d’autorité dans un sport consi­dé­ré comme le sum­mum de la beau­fi­tude miso­gyne, et ça, c’est bien — même si je pré­sume que cer­tains auront du mal à l’avaler¹, mais c’est bien fait pour leurs gueules. Que les femmes cessent d’être des objets à poser en biki­ni devant une For­mule 1 et deviennent des concur­rentes, des orga­ni­sa­trices ou des direc­trices, ça ne peut qu’être bon pour les sports méca­niques — c’est pour ça aus­si que, par prin­cipe, j’ai ten­dance à sou­te­nir les Legge, Patrick, Klein­sch­mitt et autres.

Le deuxième, c’est que Mou­ton n’a pas volé ce poste. Niveau orga­ni­sa­tion d’événements, elle a fait ses preuves : la course des cham­pions, qui conclut la sai­son de sport auto depuis 1988 en oppo­sant ral­ly­men, rai­deurs et pis­tards, c’est en bonne par­tie son œuvre. Elle a éga­le­ment émis plu­sieurs fois des opi­nions assez tran­chées sur l’évolution du ral­lye, avec les­quelles je fus sou­vent assez d’accord, regret­tant notam­ment la stan­dar­di­sa­tion exces­sive des par­cours. On pour­rait donc ima­gi­ner qu’elle pour­suive ici le sou­hait de Jean Todt, qui a un peu fait allé­ger le car­can impo­sé au WRC — car­can grâce auquel cer­taines épreuves his­to­riques, comme le ral­lye Monte-Car­lo, ne sou­haitent plus faire par­tie du cham­pion­nat du monde et pré­fèrent s’en tenir au moins riche, moins pres­ti­gieux, mais plus libre IRC.

Le troi­sième, c’est que ce choix est l’un des rares qui pou­vait ne pas être dis­cu­té. Ari Vata­nen, enga­gé en poli­tique depuis des années, était sans doute injoi­gnable — et puis, il était concur­rent de Todt lors des der­nières élec­tions à la tête de la FIA, ça a dû lais­ser des traces — ; Jean-Pierre Nico­las s’occupe déjà du cham­pion­nat IRC, et il fal­lait impé­ra­ti­ve­ment un nom connu qui s’impose de lui-même. Röhrl n’a pas le tem­pé­ra­ment ras­sem­bleur des pré­cé­dents et semble plus s’amuser à tour­ner sur le Nür­bur­gring pour Porsche, Car­los Sainz court encore… Reste le cas Luis Moya, long­temps copi­lote de Sainz, qui a depuis mon­tré ses qua­li­tés de direc­teur (écu­rie Sub­aru notam­ment), qui a gar­dé une aura cer­taine ; je peux ima­gi­ner qu’il n’ait pas été inté­res­sé, que Todt ait pré­fé­ré prendre quelqu’un qu’il connais­sait bien ou que la poli­tique interne ait favo­ri­sé une per­sonne qui était déjà intro­duite dans les hautes sphères de la FIA — Mou­ton pré­si­dait déjà la com­mis­sion dédiée au femmes en sport auto. Tou­jours est-il que Mou­ton est res­pec­tée comme ancienne pilote, comme orga­ni­sa­trice de la RoC et comme femme de carac­tère, et que j’imagine mal quelqu’un cri­ti­quer ouver­te­ment ce choix.

Est-ce que cela suf­fi­ra à redon­ner son souffle au WRC ? Celui-ci souffre d’une perte de noto­rié­té suite au départ de quelques épreuves emblé­ma­tiques et à une grosse média­ti­sa­tion de l’IRC — for­mat des épreuves plus varié et par­te­na­riat Euro­sport obligent. On a un peu l’impression que Daniel Ele­na et Sébas­tien Loeb sont intou­chables, aus­si, et il n’y a rien de plus mau­vais que les règnes trop longs, sur­tout quand l’IRC offre des ral­lyes dis­pu­tés avec des équi­pages qui se tirent la bourre jusqu’aux der­nières spé­ciales et des résul­tats variés.

Mais sur le papier, c’est une bonne nou­velle.

¹ Wal­ter Röhrl a beau affir­mer n’avoir jamais vou­lu dire ça quand il a affir­mé qu’un singe pou­vait le battre en Quat­tro, j’ai du mal à le croire vu qu’il l’a sor­ti pré­ci­sé­ment à l’époque où Mou­ton lui met­tait des tan­nées. Quant à ceux qui avaient expli­qué sérieu­se­ment qu’une femme n’était pas faite pour pilo­ter, qu’elle devrait mieux faire des gosses ou qu’elle ne pou­vait être aus­si per­for­mante qu’un mec par ins­tinct de sur­vie, je m’abaisserai même pas à cher­cher leurs noms — même si ça pour­rait être drôle.