Littéralement

Au lit, après une partie de jambes en l’air :

Robin, admirative : Ouah, tu m’as fait littéralement perdre la tête.

Ted, imperturbable : Figurativement.

How I met your mother, saison 3, épisode 8

Bon, j’avoue, celle-là, je l’ai jamais faite. Mais vous savez quoi ? Je suis sûr que j’en serais capable. Parce que le mauvais usage de « littéralement » fait partie des tics, de plus en plus répandus chez certains de mes confrères, qui m’agacent prodigieusement.

Pourquoi ?

C’est simple.

Littéralement signifie : « d’une manière littérale, conforme à la lettre ; en prenant le mot au sens littéral ».

Je vais prendre un exemple simple : « Ariane V a explosé ». Ça veut dire quoi ? Et bien, ça dépend.

La catastrophe du tout premier lancement est peut-être la première interprétation à laquelle vous aurez pensé : la fusée s’est transformée en boule de feu, projetant des débris un peu partout et détruisant sa charge utile au passage.

Maintenant, je vous propose une phrase plus longue : « sur le marché des lanceurs lourds, depuis l’annonce de l’arrêt des navettes spaciales, Ariane V a explosé ». Là, c’est une bonne nouvelle : ça veut dire que les carnets de commandes d’Arianespace se remplissent.

La différence ? Dans le premier exemple, Ariane V a littéralement explosé ; dans le second, elle a figurativement explosé.

On me dira que si on peut utiliser « exploser » dans un sens figuré pour signifier une augmentation brutale, comme dans mon second exemple, on doit pouvoir utiliser « littéralement » dans un sens figuré pour signifier « beaucoup, énormément, précisément ». C’est précisément ce que mes confrères prétendent faire lorsqu’ils sortent des phrases comme « l’immobilier parisien a littéralement flambé », « le décès surprise de Pompidou a littéralement décapité l’État français » ou « la Grèce s’est littéralement effondrée ».

Admettons. Mais alors, j’ai une petite question : lorsque vous parlez du grand incendie de Londres, de la décollation de Louis XVI ou de la destruction de Santorin, comment vous faites pour dire qu’il ne s’agit pas de sens figurés ?

Vous ne pouvez plus utiliser « littéralement », puisque vous l’utilisez figurativement pour souligner l’effet de votre annonce.

Vous faites des phrases plus longues, je suppose ? Vous détaillez ? Vous dites : « l’Atlantide s’est littéralement effondrée, et là je plaisante pas, la terre s’est fissurée et puis le sol est tombé en morceaux et tout s’est enfoncé dans le plancher océanique » ? Vous trouvez pas ça un peu lourd ???

Voilà pourquoi, par pitié, je vous conjure, francophones, mes amis, mes frères, de ne pas utiliser « littéralement » dans un sens figuré. C’est le seul mot qui perd forcément toute signification s’il n’est pas utilisé constamment dans son sens littéral : il est donc important, pour la santé de la langue et la suppression des ambiguïtés des sens figurés, de ne l’utiliser qu’à bon escient et sans figure de style à la noix.

Et surtout, ça me donne envie de vous claquer la gueule.

Littéralement. ^^

  • La chute était tellement prévisible…

  • J’avoue, j’ai plus soigné l’ouverture que la chute. Il était tard, tout ça.

    Mais la vraie originalité, de toute manière, c’est que c’est le quatrième billet qui ne parle pas de Strauss-Kahn. Et ça, chez les gens qui écrivent régulièrement, ça devient rare. ^^

  • Aïe, tu viens de ruiner tes stats : les commentaires, ça compte aussi !