Droit au nom

C’est marrant, un nom. Finalement, on n’y réfléchit que rarement, mais un nom, c’est une chose qu’on n’a pas choisie, mais qui nous identifie depuis notre naissance. C’est d’ailleurs souvent la première chose que l’on dit lorsqu’on se présente, comme si notre nom était une meilleure définition que notre activité ou nos passions.

On peut y réagir de plein de manières. Certains sont fiers de leur nom, comme s’il s’agissait d’une qualité personnelle acquise à la sueur de leur front. Je suis un Machin, je ne suis donc pas n’importe qui, et toc. D’autres en ont honte, parfois au point d’en changer. D’autres en changent pour des raisons opportunistes, comme de surfer sur l’aura d’un nom différent (Marcel Bloch -> Dassault par exemple).

Personnellement, j’y avais pas trop réfléchi jusqu’à une conversation récente, où une femme mariée disait en gros qu’un nom, c’était juste une question d’usage et que ça ne lui avait pas posé de problème d’adopter celui de son époux, et où une autre exprimait pour sa part que même en cas de mariage, elle garderait son nom à elle qu’elle avait.

« Et moi ? », me dis-je en mon for intérieur.

Moi, j’entends encore les « Mêêê » qui ont fusé dans mon enfance (ah, le bonheur d’être fils de berger), qui ne furent somme toute que les moins tordues des moqueries que j’ai pu avoir sur cette base. Quand vous avez le choix entre un camarade qui crie « vas-y Francky c’est bon »¹ et un autre qui vous surnomme « Mée-la-moi profond », je vous garantis que n’importe quel nom vous paraît préférable au vôtre.

Donc, moi, mon nom… Ben je m’en fous.

J’ai déjà changé de nom, en fait. J’ai l’habitude d’être surnommé « Hérisson » depuis l’adolescence, quelques copains m’appelaient « Knarf » à la fac et il m’est arrivé de signer des trucs sous pseudonyme — cherchez pas, je pense pas que vous trouviez à l’acheter. Et fondamentalement, si je devais changer de nom demain, ça ne me choquerait pas outre mesure.

Il y a tout de même un truc qui m’apparaît symboliquement important. Il est de tradition, dans nos contrées tout au moins, que les membres d’une famille portent le même nom, d’ailleurs qualifié « de famille »². Ça a une portée symbolique de réunir ainsi, par une portion d’identité, des gens qui partagent un foyer.

La tradition, un peu crétine comme souvent, veut que ce nom soit celui du mari. Il est d’ailleurs notable que jusqu’à 2002, un enfant dont les parents n’étaient pas mariés recevait le patronyme comme nom de famille, et que cet état de fait ait été modifié par un député fier de son nom qui, n’ayant que deux filles, tenait à ce qu’elles puissent transmettre celui-ci à ses petits-enfants éventuels…⁴

Cette modification a tout de même un intérêt majeur : nous vivons dans une société où le divorce est courant et où la garde des enfants va majoritairement aux mères. Cela paraît donc être une mesure de bon sens que, par précaution, de donner aux enfants leur « matronyme », bien sûr pour simplifier la vie des facteurs (alors, ici, y’a Mme Dupont et ses enfants, les Durand), mais aussi pour maintenir la tradition du nom commun au sein d’un foyer.

La logique voudrait donc que lors d’un mariage on donne plutôt au mari le nom de la femme. Après tout, c’est statistiquement plutôt lui qui va se retrouver seul au divorce, et il serait symboliquement cohérent qu’il soit celui qui ne va pas partager le nom des autres.

Accessoirement, sur le plan de l’égalité des sexes, je ne vois pas pourquoi la femme aurait la possibilité de prendre le nom de son époux et pas l’inverse.

Bien sûr, la force de l’habitude n’est pas facile à ignorer. Je ne connais d’ailleurs pas d’enfant qui, né de deux parents connus, ait le nom de sa mère ou même une combinaison des noms de ses deux parents.

Et, vous vous en doutez puisque ce n’est pas possible, je ne connais aucun mari qui ait pris le nom de sa femme.

¹ J’ai rarement envie de buter des gens que je ne connais pas, mais si je croise Francky Vincent, je pense qu’il risque d’avaler une noix de coco sans avoir le temps de la mâcher.

² Ça nous paraît naturel, mais c’est pas le cas partout. Les scandinaves notamment faisaient passer la filiation avant la famille : Thorgal Aegirsson (fils d’Aegir) épouse Aaricia Gandalfsdóttir (fille de Gandalf³) et a un fils, Jolan Thorgalsson (fils de Thorgal) ; mais Aaricia ne change pas de nom en se mariant, et leur fille s’appellera Louve Thorgaldóttir toute sa vie. Les peuples hispaniques adoptent pour leur part un système composé, où la femme prend une partie du nom de son mari et garde une partie de celui de ses parents, tandis que les enfants prennent une partie du nom de chacun de leurs parents.

³ Enfin là c’est du pifomètre puisque son nom patronymique n’est pas révélé. J’ai pris le suffixe islandais comme exemple, ce système perdurant au pays du Grimsvötn et la langue islandaise étant très proche du norrois que parlait Gandalf, même si lui devait plutôt écrire « Þórgal » que « Thorgal ».

⁴ Il aurait pu choisir d’inscrire son nom dans l’Histoire en portant un grand projet révolutionnant la société ; lui préférait pérenniser le nommage dynastique… Chacun fait ce qu’il peut⁵.

⁵ C’est méchant, il a aussi fait d’autres choses. Mais c’est mon blog, j’ai le droit d’être méchant. ^^