Suivre les parties

N’en déplaise à ceux qui souhaiteraient le jeter aux oubliettes de l’Histoire, j’ai un certain respect pour certaines choses chez de Gaulle. Et notamment une : en bon dictateur qu’il aimait être, de Gaulle avait une très haute opinion du rôle du président de la République, fonction qu’il n’aimait pas voir rabaissée au trivial.

Cette volonté de conserver au président le poste de dieu intouchable pose certains problèmes, mais a au moins une qualité : cette figure paternelle de la Nation n’est pas censée s’abaisser à gérer le quotidien. Le président doit incarner un projet, une idée, un honneur, et non pas s’engluer dans les petites questions partisanes. Il doit voir loin et maintenir le cap, pas gérer les détours particuliers de chaque récif.

Cette volonté se résume par une formule magique : « le président est au dessus des partis ». Cela, et « l’élection présidentielle est la rencontre d’un homme et d’un peuple », indique bien la profonde méfiance des de Gaulle, Giscard, Mitterrand et Chirac envers ceux qui souhaiteraient trop souvent voir le président prendre lui-même en charge les excitations quotidiennes des organes politiques.

Sarkozy a énormément nui au prestige de la fonction présidentielle en se transformant en chef de gouvernement, en prenant toute question ponctuelle à bras-le-corps, en assumant en somme la charge du premier ministre.

J’espérais que cette époque fût révolue, avec l’arrivée à ce poste d’un nouvel élu qui promettait un changement radical.

Force m’est de constater qu’on est très, très loin du compte.

Le soutien affiché par un candidat aux législatives pose déjà un problème institutionnel : le chef de l’exécutif se mêlerait ainsi d’une question concernant le législatif. Pis encore, toute consigne de vote d’un président pose un problème de fond : c’est une tentative d’influencer le peuple souverain, comme un employé donnant un ordre à son employeur.

Mais quand ce soutien n’est adressé qu’à un seul candidat, c’est pire : cette circonscription aurait donc un statut particulier, qui lui vaudrait une intervention ponctuelle du président ? Je n’ai pourtant pas connaissance d’une disposition institutionnelle faisant de la Rochelle un territoire particulier…

Y aurait-il une autre explication ? Non, ne me dites pas que c’est par loyauté envers son ex-femme que l’homme chargé de la fonction présidentielle aurait apporté un soutien ponctuel, local, dans une affaire ne concernant pas la Nation, et tenté de faire pression sur le peuple souverain en souillant au passage la séparation des pouvoirs ?

Là-dedans, que la nouvelle femme de monsieur Hollande ait jugé utile de porter un hommage appuyé au concurrent du candidat affichant le soutien hollandien, c’est anecdotique. Cela fout une merde monstre et entache un peu plus le président, mais la véritable atteinte à la dignité de la fonction, c’est lorsque l’homme qui l’occupe s’abaisse à apporter un soutien ponctuel, surtout lorsqu’il est guidé par la nostalgie de ses gonades bien plus que par l’intérêt des Rochelais et du peuple français.

En somme, alors même que l’honneur du président impose de se maintenir au dessus des partis, monsieur Hollande décide de suivre aveuglément ses parties.