Et dir créa le beauf

Un dir créa, c’est quoi ? Un directeur de création. Autrement dit, un mec dont le boulot est en théorie de diriger la « création » dans une entreprise — généralement, il dessine des pubs et des logos, quoi.

En général¹, c’est un mec habillé hors de prix, avec un côté un peu snob, qui vous explique tranquillement que « ouais, je fais 5000 par mois, mais tu comprends, je bosse comme un malade aussi, je vole rien hein, la semaine dernière j’ai bossé jusqu’à minuit tous les soirs ».

Bon, en creusant un peu, vous vous rendrez compte que ce qu’il appelle « bosser comme un malade », c’est vanner ses amis Facebook, boire des cafés avec ses potes, déjeuner de 14 h à 18 h, et que si vous comptez les heures qu’il passe devant son bureau, c’est pas si impressionnant que ça vu qu’il est incapable de pointer avant 11 h.

Au passage, d’ailleurs, les créatifs qui bossent (ceux qui ne sont pas « directeurs », mais « juniors », voire « stagiaires ») ne disent pas « je bosse comme un malade » en remuant leur brushing à 60 € ou en recroisant leurs pompes à 200 € : les créatifs qui bossent, ils ont des valises sous les yeux jusqu’au menton et s’ils lâchent une phrase, ça ressemble plutôt à « putain j’en peux plus, j’ai un directeur de merde qui passe son temps à foutre la merde dans mes créas juste pour se donner l’impression de faire quelque chose, heureusement j’ai trois heures tranquilles pour vraiment bosser le matin avant qu’il arrive ».

Et si par hasard vous trouvez un directeur de création qui a vraiment bossé une semaine, interrogez-le deux minutes : la plupart du temps, c’est parce qu’un de ses « juniors » a claqué la porte en lui disant d’aller se faire foutre à huit jours de la date de rendu du projet, ou encore plus simplement qu’il n’a rien branlé pendant les trois semaines précédentes parce qu’il était trop occupé sur une plage espagnole, à imaginer un projet qui ne se réalisera jamais avec trois autres dir créas de ses amis.

Bref, le dir créa est un bobo égocentrique et prétentieux, qui pense que sa « créativité » est le produit le plus important de la planète et justifie qu’il prenne tout le monde de haut, alors qu’il vit en parasite sur le boulot des gens placés sous son autorité.

Mais là, y’a mieux. Je viens de tomber sur le blog d’un directeur de création… chômeur.

Il pourrait en profiter pour retrouver le vrai monde des vraies gens, ceux qui se cassent le cul dès huit heures dans un vrai travail productif ou qui galèrent toute la journée à Pôle Emploi devant des offres à 1200 € par mois.

Mais non.

Le dir créa est au dessus de ça. Il est bobo, je vous rappelle.

Le dir créa continue à se lever à midi, continue à passer l’après-midi au bar avec ses potes, continue à acheter des pompes à 200 €. Il continue à agiter du vent et à se faire mousser, il continue à se regarder le nombril.

Et si vous vous demandez comment il peut, c’est simple : il devient un « bobo chômeur qui touche un bon chômage à la fin de chaque mois », selon sa propre expression. Son argument devient donc : « ouais, je touche 3000 par mois, mais attention, je vole rien, c’est que j’ai cotisé à mort avant ».

Et comme il est « créa », il crée un mot-valise — tiens, « bobo-chômeur -> bomeur », je suis trop fort, ouah ! — et fonde un blog pour montrer que même au chômage, il reste au top, hype, in, créa-tu-ouas², et étaler à la face du monde sa suffisance de parvenu.

Avant, il bossait comme un taré et ça justifiait qu’il regarde les travailleurs de somme comme des merdes ; maintenant, il touche deux Smics d’allocs est ça justifie qu’il regarde les pauvres comme des merdes.

Lui, il se voit comme « un personnage que les autres adorent détester » (oui, il a le sens de la formule, tant pis si elle est éculée).

Ben moi, j’adore pas te détester, sale beauf. Je te déteste, tout court, et j’espère sincèrement qu’un jour tu feras comme tous les vrais chômeurs : te démerder avec 800 € par mois et être obligé d’accepter un boulot de caissier de station-service à partir de 5 h du mat à quart-temps pour pas perdre tes allocs et tes Gucci de merde.

¹ Ce billet est totalement rempli de clichés. J’assume, un cliché est parfois utile pour faire rentrer une idée dans une tête de con.

² Oui, le dir créa a un accent parisien-beaux quartiers à la Fogiel.