Joyeux anniversaire

Il n’é­tait pas vrai­ment beau. Son frère aîné avait un joli petit nez et des traits assez fins ; lui, un gros pif, des épaules car­rées et un peu de bide. Mais il était sym­pa­thique : d’un carac­tère un poil mou, il était ser­viable et gen­til, et son humeur égale s’ac­com­mo­dait de toutes les com­pa­gnies. For­mé à l’é­cole douce, il fut un ins­ti­tu­teur pré­ve­nant qui éle­va plein d’en­fants, mais il faut admettre qu’il man­quait un peu d’au­to­ri­té et ses élèves les moins appli­qués eurent du mal à s’a­dap­ter aux pro­fes­seurs plus exi­geants ou au tra­vail en entre­prise. Néan­moins, ce jeune retrai­té conti­nue à faire du sou­tien sco­laire çà et là, voire à don­ner quelques cours, pour le plus grand bon­heur des petits — du moins ceux qui pré­fèrent apprendre tran­quille­ment avec un vieillard pla­cide que se plier à des ensei­gnants plus jeunes et plus stricts.

J’ai pas­sé 5 h 10 dans sa classe : un prof plu­tôt sym­pa, mais son frère cadet est quand même plus ner­veux. — pho­to Fré­dé­ric Marsaly

Joyeux anni­ver­saire, Cess­na 150.