FI(A), an 1
Si vous suivez ce blog depuis très, très longtemps, vous reconnaissez la structure du titre : elle a servi quatre fois, jusqu’en 2021. Et donc, vous savez de quoi ça va causer : mes expériences aéronautiques.
Depuis un certain temps, après la PPL1, les cours de BIA2 puis les cours théoriques pour les élèves pilotes, il était à peu près admis que la prochaine grosse étape de mon parcours serait de passer la qualification d’instructeur, alias FI(A)3). Et il se trouve que ce genre de truc, c’est comme tout : ça prend plus de temps que prévu. J’ai fait mes dix heures de vol sans visibilité (merci encore Alexandre et Paul) et raté puis réussi le test théorique d’entrée en 2022, j’ai fait le test pratique d’entrée début 2023, la formation théorique en juin 2023, commencé la formation pratique en septembre, et puis… Instructeur hospitalisé, météo pourrie, incompatibilités d’emplois du temps, on n’a pas volé pendant quatre mois, puis de nouveau pendant quatre mois, et évidemment j’ai raté un certain nombre d’exercices au point de me dire par moments que je ferais mieux de jeter l’éponge.
Mais bon, le 17 janvier 2025, un examinateur estimait que je pouvais instruire (malgré une superbe démonstration de prise de terrain par encadrement ratée, mais j’ai commenté toutes mes erreurs tout du long et il a dû trouver mes explications claires). Merci à lui.
Et donc, il y a un an, j’emmenais coup sur coup mes trois premiers élèves faire un tour de Cessna 152.
Et donc, en un an, j’ai logué 92 h 43 en instruction, dont presque 79 h à l’aéroclub d’Angoulême. (La différence, c’est un ami qui fait du mûrissement qui m’a proposé d’accompagner un de ses élèves sur une grande navigation jusqu’en Italie.)

Ça se voit un peu sur le graphique de mes heures de vol : la pente n’est plus tout à fait la même. J’ai dépassé 114 heures de vol en 2025, ce qui est plus que sur mes quatre premières années (les deux de formation au PPL et les deux premières en tant que pilote privé). C’est aussi plus du double de mon précédent record, à savoir l’année 2024 où j’ai fait le gros de la formation FI. En fait, j’ai plus volé ces douze derniers mois sur un seul avion (le Pipistrel Velis) que mon total de 2021, 2022 ou 2023.
Alors, l’instruction, ça donne quoi ?
Bon, d’abord, j’ai pas eu d’élève qui fasse absolument n’importe quoi. J’ai plus souvent dit “non mais vas‑y faut le faire tourner hein” que “ouh là on se calme doucement sur les commandes”. Mais vu qu’ils sont doux, c’est d’autant plus surprenant quand l’un d’eux fait exceptionnellement un geste brutal. Il y en a quand même une qui, après un premier virage à droite un peu timide, y a été plus franchement dans le virage à gauche suivant. Or, comme tous les avions dont l’hélice tourne à droite, les Cessna ont de base besoin de moins d’efforts pour tourner à gauche : avec un geste plus franc au lieu de moins, elle a fait un très beau virage engagé (une large spirale descendante dont l’avion ne sort pas spontanément, contrairement aux virages normaux). Rien de grave, mais ça rappelle qu’il faut rester vigilant même et surtout quand tout se passe bien.
Le plus difficile, en fait, c’est de savoir quand et combien de temps laisser l’élève se débrouiller, quand lui expliquer des trucs, et quand reprendre les commandes. En formation, on vous parle beaucoup de sécurité, en vous disant de pas hésiter à reprendre les commandes quand l’élève se met en danger ; mais en fait, ça, c’est relativement simple. Le moment où on se dit “si ça continue, ça va mal finir”, c’est le moment d’arrêter.
En revanche, il existe aussi un moment où l’élève ne réussit pas l’exercice sans engager la sécurité, mais où ça devient inutile voire contre-productif sur le plan pédagogique. Là, reprendre la main et refaire la démonstration en le laissant en position de pur observateur peut l’aider à comprendre ce qu’il faisait mal.
J’en ai vraiment pris conscience à l’automne, avec un élève en tours de piste.

Dans le cursus, on a deux vols, un pour faire des approches (repérer l’axe de piste, le plan de descente et régler la vitesse) et un pour les circuits d’aérodrome (le rectangle standard qui permet de faire un tour de piste). Évidemment, c’est lié4 : quand on doit enchaîner quatre ou cinq approches, on fait des circuits, et quand on doit travailler les circuits, on prend l’axe de la piste. Et tout pilote vous dira qu’un bon atterrissage commence par une bonne branche de vent arrière5, bien stable, à la bonne distance et à la bonne hauteur.
Au cours du deuxième vol, alors que le premier avait été pas ouf mais pas mauvais et que le sujet du jour était de faire des circuits bien réguliers, bien rectangulaires, bien propres, mon élève ne commençait jamais sa branche vent arrière au même endroit. Parfois, il tournait juste après Brie, parfois, il tirait droit dix secondes de plus. Sur le tout premier tour, il commencé à biaiser en montée initiale6 en collant à Brie, puis tiré droit là-bas vers le nord et contourné le village suivant. Presque systématiquement, il pensait suivre la vallée qui nous sert de repère alors qu’il s’en éloignait nettement. Pourtant, en théorie, il connaissait les repères, il les avait vus deux semaines plus tôt et je les lui rappelais à chaque fois, mais ça ne marchait pas.
Après trois tours aléatoires, j’ai repris les commandes et fait moi-même un tour (sur la capture de la trace, le plus au nord des deux qui finissent pile sur la confluence des deux ruisseaux) en commentant tous les repères et toutes les actions. Puis il a fait le dernier tour, et il a reproduit presque à l’identique celui que je venais de faire : sur les précédents, il était juste trop chargé pour en même temps piloter, regarder et enregistrer. Peut-être qu’on aurait gagné du temps si j’avais repris les commandes plus tôt, voire fait le premier tour moi-même…
Mais d’un autre côté, reprendre la main et refaire la démonstration alors que l’élève est en train de se créer son expérience et ses automatismes risque de perturber son apprentissage. C’est un jeu d’équilibriste entre montrer, guider et laisser faire sa propre expérience, d’autant plus compliqué qu’un même élève réagit différemment d’un jour à l’autre, selon son état d’esprit, sa forme du moment, etc.

Dans le bouquin, ça paraît simple : on fait les exercices trois fois, d’abord avec l’instructeur aux commandes qui explique, ensuite avec l’élève qui reproduit et l’instructeur qui guide et commente, puis avec l’élève qui se débrouille.
La réalité est beaucoup plus bordélique. J’ai vite réalisé que pour certains élèves sur certains vols, la phase “démonstration” fait juste perdre du temps, l’élève ayant les bases et la disponibilité pour comprendre ce qu’il se passe et écouter les commentaires ; mais dans d’autres cas, il faut absolument la faire, et parfois il faut la refaire après les premiers essais de l’élève, et parfois il faut la refaire deux mois plus tard alors que ce sujet semblait traité, intégré et maîtrisé. On va pas se mentir : c’est parfois frustrant et déstabilisant (j’imagine que pour l’élève aussi). Si vous avez des coups de blues pendant la formation FI (et tous ceux que je connais qui l’ont faite en ont eu), sachez que ça ne s’arrête pas le jour de la qualification.
Mais d’un autre côté, on a parfois des cas où l’élève gère super bien, comprend tout du premier coup, est à l’aise et disponible, où on a en fait l’impression de pas servir à grand-chose. Et la première fois où vous le ou la regardez faire un tour de piste où le timing est bon, où les actions sont bonnes, où la communication est bonne, où les corrections sont bonnes, où l’arrondi est pas trop mauvais et où vous finissez juste par lâcher un “bloque l’assiette, laisse descendre, encore un peu, maintenant nez sur l’horizon, voilà” sans toucher à rien, c’est super agréable. Pour l’élève aussi, d’ailleurs, je crois.
Les choses sont plus simples pour les lâchers et les formations complémentaires, c’est-à-dire avec un pilote déjà breveté qui a déjà une expérience plus ou moins variée et qui vient soit valider sa capacité à voler sur un avion du club, soit apprendre à piloter un nouveau type d’appareil. Dans ce cas, la personne assise à gauche sait déjà piloter. On a beaucoup moins de surprises et la progression est beaucoup plus cohérente. Il faut tout de même faire attention à certains trucs, surtout avec les gens qui n’ont fait que du Cessna et qui viennent apprendre un avion plus fin et moins tolérant. C’est en répétant pendant quatre heures “lance ton virage au pied plutôt qu’au manche” et “pense au pied quand tu sors du virage” à un cessnaïste qui découvre le Velis qu’on prend conscience d’à quel point les avions conçus à Wichita permettent de prendre de très mauvaises habitudes sans s’en rendre compte.

Un dernier truc pour finir : sur les cinq élèves que j’ai eus en formation initiale, j’ai constaté le même phénomène. Dans une première phase, ils veulent beaucoup voler, sont avides d’apprendre et ronchonnent plus ou moins ouvertement quand on leur dit “bah vu la météo aujourd’hui c’est mort, profite pour bosser la théorie”. Mais ensuite, l’excitation disparaît et il ne reste que la motivation de fond, qui est plus ou moins prononcée selon les personnes, au point que certains annulent d’eux-mêmes des vols dans des conditions peut-être pas optimales, mais adéquates pour le programme du jour.
Ainsi, avec mes trois élèves du départ, j’ai énormément volé entre fin février et avril, au point de me demander comment faisaient ceux qui avaient le double d’élèves sans avoir le double de temps. Puis ils ont commencé à étaler leurs réservations, au point que j’ai pu faire de plus en plus de vols avec des pilotes brevetés ou des voisins curieux. Un élève a fini par arrêter, une autre m’a prévenu qu’elle faisait une pause, la troisième continue plus ou moins régulièrement. Les quatrième et cinquième commencent un peu sur le même schéma — avec en plus des contraintes météo (clairement, vaut mieux commencer au printemps qu’à l’automne).
Ceux qui arrêtent ou suspendent la formation aussi, ça plombe un peu le moral. On se rassure avec les statistiques nationales, qui sont claires : les aéroclubs de la FFA délivrent environ 1800 licences par an, alors que 7000 à 8000 personnes prennent leur première licence chaque année. Il y a bien sûr quelques cas particuliers (pilotes passés par une filière professionnelle qui découvrent l’aviation légère plus tard, par exemple), mais il n’est pas déraisonnable de penser que deux tiers à trois quarts des élèves ne finissent pas leur formation, que ce soit pour des raisons financières, par motivation déclinante ou suite à divers aléas de la vie…
Bref, il y a un an, je commençais à lâcher les commandes tout en restant commandant de bord. C’était la fin d’une formation longue et pas toujours facile, c’était le début d’une expérience passionnante et pas toujours facile. Merci à mes élèves pour leur patience… Reste à voir quand ils et elles commenceront à pouvoir voler seuls : si j’en crois les nouveaux instructeurs qui m’ont précédé, c’est un “petit” coup de stress aussi.
- Private Pilot License [↩]
- Brevet d’Initiation Aéronautique [↩]
- Flight Instructor (Aeroplane [↩]
- De toute façon, TOUT est lié, on s’en rend particulièrement compte quand on essaie de décomposer pour se concentrer sur un truc à la fois. [↩]
- Parallèle à la piste, en sens inverse de l’atterrissage, du nord de Brie au nord de Villeneuve sur la carte ci-dessus. [↩]
- Dans l’axe de piste au sud de Brie. [↩]